Bernard Utudjian, galeriste : « accompagner un artiste à ses débuts, le voir murir et grandir. »

26 juin 2020|

Bernard Utudjian, fondateur et directeur de la Galerie Polaris, située dans le Marais (Paris), répond à nos 3 questions. Il nous parle de son métier de galeriste, des artistes dont il expose le travail et des événements qu’il organise post-confinement. La Galerie Polaris ouvre ses portes tous les dimanches jusqu’au 12 juillet 2020 pour vous présenter « Artist United« .

Cultures en dialogue : Pouvez-vous nous présenter la Galerie Polaris ?

J’ai ouvert la galerie Polaris lorsque j’avais 22 ans dans un premier petit espace de 15 mètres carrés rue Michel Le Conte où je suis restés cinq ans, avant de déménager dans la cour du 8 rue Saint-Claude, où j’étais la seule galerie dans le secteur, avant d’être rejoint par les galeries Anne Barrault, Alain Gutharc, Frank Elbaz , Perrotin etc…Puis j’ai déménagé dans l’actuel espace rue des Arquebusiers pour retrouver un espace sur la rue, ce qui me manquait beaucoup .

La galerie a très souvent réalisé les premières expositions en galerie de la plupart des artistes, Speedy Graphito, Stéphane Couturier, Françoise Petrovitch, Yto Barrada, Matthias Bruggmann…J’ai toujours trouvé passionnant de commencer à accompagner un artiste à ses débuts, et de le voir murir, et grandir. Je n’ai jamais voulu me spécialiser, la photographie côtoie la peinture, le dessin, la vidéo, l’installation. Le dernier artiste à avoir intégré la galerie, est l’artiste Zimbabwéen Richard Mudariki, actuellement exposé.

Nous nous sommes rencontrés il y a plus de dix ans sur Facebook, nous étions tous les deux             « amis» avec Bisi Silva, extraordinaire commissaire qui a crée le centre d’art contemporain de Lagos, et j’ai commencé alors à suivre son travail, puis l’occasion lui a été donnée il y a deux ans d’aller à Londres. Il m’a alors proposé de nous rencontrer à Paris, ce que nous avons fait pendant une journée entière pendant laquelle nous avons compris que nous partagions les mêmes valeurs sur la façon de montrer l’art contemporain et de défendre les artistes à une période où paradoxalement la mondialisation rend de plus en plus difficile leur découverte. Il était heureux que je l’aie choisi, non parce qu’il est un artiste Africain, mais parce que son travail me semble totalement d’actualité , tant par les sujets qu’il aborde que par le recul qu’il prend à analyser son pays d’origine ( le Zimbabwe ) et son pays d’accueil ( l’Afrique du Sud). De plus Richard ne joue pas sur les modes ou les médiums utilisés par certains artistes . J’ai connu dans mes jeunes années, la découverte» et le «rush» des occidentaux sur les artistes Russes, puis sur les artistes du Moyen Orient et ceux de l’Asie. « L’économie géo-artistique » ne m’a jamais intéressée, mais la confrontation d’artistes de pays différents apporte sa part de richesses.

Cultures en dialogue : Quels sont les discours ou témoignages (ou non) portés par les artistes que vous exposez ?

J’ai une préférence pour exposer les artistes qui parlent du monde, de leur monde, de notre monde. Tant Richard Mudariki qui nous parle des problèmes sociaux et économiques de l’Afrique en général dans ses tableaux, que Marcos Carrasquer qui nous rappelle( non sans beaucoup d’humour et avec énormément de références culturelles dans tous les domaines) le monde violent dans lequel nous vivons ou Speedy Graphito qui en utilisant l’histoire de l’art interpelle le monde de l’art avec ses travers et ses contradictions.

Cultures en dialogue : Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

Il faut pour l’instant continuer comme si de rien n’était, nous avons lancé avec la galerie Anne Barrault, Magda Danyzc et RX, les dimanches du Marais que nous proposons au public une fois par mois, la première édition a été au delà de nos espérances avec 2500 visiteurs dan plus de 45 galeries. Le public a donc répondu présent à notre proposition que nous leur faisons de retrouver le chemin des galeries, qui est et doit rester, celui des découvertes, des rencontres et des discussions .

L’exposition « Artist United » avec les œuvres nouvelles de Richard Mudariki et de Marcos Carrasquer sera visible jusqu’au 12 juillet. Nous enchaînons mi-juillet avec une exposition thématique intitulée « Tu t’es trompé c’est encore la nuit » . En septembre et novembre nous exposerons les deux artistes prévus pendant le confinement à savoir le vidéaste performer anglais Simon Faithfull avec un nouveau film sur les dégâts de la montée des eaux aux États-Unis, et sera suivi de la deuxième exposition à la galerie de la très jeune artiste Franco-Marocaine Sara Ouhaddou, ensuite nous travaillons sur de nouvelles expositions de Speedy Graphito, et Yto Barrada.

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