Diane Audrey Ngako : ” Faire de Douala une capitale de l’art “

Première foire d’art contemporain africain et de design au Cameroun, la Douala Art Fair a rassemblé des dizaines d’artistes et plus de 1050 visiteurs du 1er au 3 juin 2018. Sa fondatrice, Diane Audrey Ngako, a fait un choix de conviction : rentrer au Cameroun et agir pour la valorisation des œuvres et créations camerounaises, trop peu mises en avant à son sens.

 Cultures en dialogue : Comment en arrive-t-on à organiser une des plus importantes foires d’art contemporain et de design de la région ?

J’ai toujours été une acheteuse d’objets d’art africain que ce soit sur les marchés français ou lors de mes séjours au Cameroun, et cette passion m’a conduit à rencontrer beaucoup d’artistes.
Il y a deux ans, j’ai décidé de rentrer au Cameroun pour développer mon activité professionnelle, puisque je dirige une agence de communication. Toujours en contact avec les milieux artistiques, j’ai très rapidement constaté que le travail des artistes n’y était pas assez valorisé, parfois même marginalisé, alors même que ce sont les artistes qui apportent la lumière dans un monde si sombre. Dans ces conditions très difficiles, comment feront-ils pour continuer à rêver, imaginer et créer ?
J’ai choisi d’agir, j’étais rentrée au Cameroun pour cela. L’Afrique doit se développer aussi grâce au retour de ses enfants, je suis de retour par conviction. De là est née la Douala Art Fair ! La Douala Art Fair permet de valoriser les œuvres et créations d’artistes camerounais en les exposant mais aussi en amenant de potentiels acheteurs vers ces œuvres. Améliorer les conditions de vie des artistes, c’est aussi leur permettre de vendre.

Vendre à qui ? À mon sens, pour que les revenus des artistes soient constants, la classe moyenne camerounaise doit constituer le cœur des acheteurs. On a déjà trop souvent vu des artistes camerounais voir leurs revenus s’amoindrir avec le départ de certains expatriés. On a de grands talents qui peinent à avoir une véritable exposition car nous n’avons pas de marché de l’art structuré. Il faut en développer un. Choisir aussi d’appeler cet événement “Douala art fair” ou foire d’art traduit cette ambition.

Comment vendre ? Il fallait briser les barrières, amener les Camerounais à oser entrer, venir voir des œuvres d’art africain et envisager de les acheter. Les artistes se sont donc transformés en guides durant l’exposition. Ils accompagnaient les visiteurs à travers l’exposition, expliquaient les œuvres. Aucun prix n’a été affiché, de manière à ne pas décourager les visiteurs d’envisager la possibilité d’acheter, ne pas empêcher le coup de cœur. Pour les artistes, devenir guide, présenter des œuvres qui n’étaient pas forcément les leur, leur a aussi permis de s’approprier l’exposition.

Que les artistes et les visiteurs s’approprient l’exposition a été une des clés du succès de l’événement. Il faut créer des rencontres, des échanges. La Douala Art Fair n’est pas seulement le projet d’une agence de communication mais un projet pour mettre en valeur le marché de l’art camerounais, donc l’affaire de tous.

J’ai mis toute mon énergie dans ce projet. On a noué des partenariats privés avec des entreprises comme Canal +, Société Générale, Colorix … et on a aussi été soutenu par la communauté urbaine de Douala qui nous a offert la moitié des frais de redevances publicitaires, c’est-à-dire qu’elle a facilité la communication autour de l’événement dans tout Douala.

Cultures en dialogue : Quelle politique artistique a présidé au choix des artistes et créateurs exposant ? Des artistes exclusivement camerounais ?

Les artistes camerounais ont été sélectionnés par un comité composé de professionnels de la culture et de l’éducation : commissaires d’exposition, directeurs d’écoles, agents culturels, collectionneurs et d’autres encore.

En revanche, j’ai aussi tenu à ce que certains des artistes que j’affectionne soient présents : Salifou Lindou, Hervé Yamguen, Ajarb Bernard ou encore Jean David Nkot.

En tous les cas, je dois vous avouer que la sélection n’a pas été facile. Il a fallu faire des choix.

Enfin, j’ai choisi de valoriser le travail des artistes camerounais parce que j’aime mon pays mais aussi pour des raisons financières. J’ai financé l’événement à 75% et il m’était difficile de faire déplacer et loger des artistes venus d’autres pays.

Cultures en dialogue : Quelles perspectives voyez-vous pour votre événement ? Des répliques ailleurs en Afrique ?

On est très heureux du résultat de cette première édition : 1 050 visiteurs en trois jours et des œuvres vendues pour un total de 59 millions de francs CFA (90 000 euros).

On veut reproduire cet événement chaque année. L’enjeu est de soulever suffisamment de fonds pour donner une plus grande ampleur à l’événement avec un appel à projets ouvert aux artistes d’autres pays africains, avec plus d’œuvres et de créations exposées, et espérer des visiteurs de tout le Cameroun mais aussi des autres pays de la sous-région : Nigéria, Angola, République démocratique du Congo, Congo ou Gabon.

Notre volonté est de faire de Douala une capitale de l’art en Afrique.

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