Louise Bernard, The Good Chance Theatre :”faire renaître leur capacité de choix et d’expression”

Louise Bernard, project manager de l’association Good Chance Theatre à Paris, a répondu à nos 3 questions. Elle parle des engagements et projets développés par Good Chance Theatre à Paris cet été. Vous pouvez retrouver toutes les activités du Good Chance Theatre au Centre Jean Quarré situé dans le 19e arrondissement de Paris.

Cultures en dialogue : Certaines critiques à l’égard du Good Chance Theatre arguent que la culture n’est pas un besoin prioritaire pour les réfugiés, souvent sans ressources, sans logement et confrontés aux difficultés administratives. Vous pensez autrement.
Nous avons pleinement conscience de l’absolue nécessité des associations et organismes répondant aux besoins primaires des migrants et réfugiés (manger, dormir, se vêtir). Notre action vient en complément.

Ici, nous travaillons en synergie avec Emmaüs Solidarité, Verger urbain, Théâtre de Verre, ainsi que des associations du XIXe arrondissement et de la place des fêtes, et bien d’autres encore, et ça fonctionne bien comme cela.

Alors qu’ils travaillaient dans la « jungle » de Calais, les fondateurs du projet ont constaté que les personnes migrantes et réfugiées devaient souvent faire la queue, attendre ou encore se satisfaire de ce qu’on leur donnait. Finalement, elles étaient systématiquement en position d’attente. Notre association a pour objectif de faire renaître leur capacité de choix et d’expression par l’acte créateur. À Calais notamment, où le facteur communautaire était très important, Good Chance Theatre a agi pour que ces personnes aient un lieu où elles pouvaient s’exprimer, s’approprier des récits individuels ou collectifs, en quelque sorte se réhumaniser autrement que par les besoins primaires. Le travail de création, cette stimulation, permet aux migrants et réfugiés de sortir de l’apathie où ils sont souvent maintenus.

Cultures en dialogue : Plus qu’un simple lieu de représentation, le Good Chance Theatre est conçu comment un véritable centre de création itinérant. Comment cela se traduit-il dans vos activités ?

Le cœur de notre activité, c’est d’avoir un espace dédié à la liberté d’expression. Cela passe principalement par l’acte de création qui se transmet lors d’ateliers de danse, de théâtre, de chant ou d’écriture. Au cours de ces ateliers qui durent quatre jours, les participants (réfugiés, migrants, bénévoles ou encore artistes) créent, inventent et se mettent en scène, ensemble. Ils partagent leurs créations avec le public une fois par semaine lors de ce que l’on appelle le Hope Show.

Le travail de création fonctionne par cycles de trois semaines, que nous appelons le temps de la curation. À cette occasion, un artiste (comedien, metteur en scene, chanteur, musicien, plasticien), le curateur, est invité à venir développer un projet au Good Chance Theatre, avec des artistes français ou étrangers qu’il convie à travailler ici avec nous.

Par exemple, cette semaine [23 juillet 2018] deux chanteurs d’opéra et un pianiste conduisent un atelier mêlant chant et écriture. À partir de textes écrits par les migrants et réfugiés et du chant de l’exil de Verdi [« Va, pensiero », extrait de Nabucco], nous montons une pièce. Nous faisons en sorte que chacun apporte sa contribution au projet en faisant ce qu’il sait faire ou veut faire.

Le Hope Show est l’occasion, pour toute personne, de venir découvrir le travail mené pendant ces ateliers. L’idée est de créer mais aussi de nouer des liens durables afin que le Good Chance Theatre soit un lieu de création.

En Angleterre, là où l’initiative est née, l’association a également créé The Ensemble, qui permet à toutes les personnes ayant pris part à un moment donné à l’un de nos projets de rester en contact et de constituer un réseau de créateurs pour envisager d’autres œuvres communes, au sein de Good Chance Theatre ou non. Même si nous n’en sommes là en France, une petite troupe se forme et on pourrait imaginer des projets à plus long terme.
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Cultures en dialogue : Outre la volonté de fournir un lieu d’expression pour les réfugiés et migrants, le Good Chance Theatre entend aussi être un lieu d’échanges entre ceux-ci et la population. Comment cela se déroule-t-il ?

Notre espace est en permanence accessible à toute personne souhaitant découvrir ce que nous faisons. Le Hope Show est le moment fort qui permet de partager notre travail de création avec le public.

Les responsables du centre Jean-Quarré ont fortement contribué à la bonne acceptation du centre par le voisinage. Tous les mois il y a une fête réunissant toutes les personnes voisines et impliquées dans la vie et l’animation de ce centre d’hébergement. Cela participe aussi du travail d’intégration.

Les personnes voisines du centre ont également bien accueilli notre association car nous entretenons un vrai dialogue avec elles. Le travail pédagogique de toutes les structures et associations présentes a permis d’apaiser les tensions.

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