Hans Hartung au MAM

15 octobre 2019|

2019 était une double occasion pour le Musée d’Art Moderne de Paris (triple, si l’on tient compte de la réouverture du musée après travaux), de mettre à l’honneur Hans Hartung. Si l’on célèbre en effet en décembre le trentième anniversaire de sa mort, cela fait également cinquante ans qu’avait été organisée la dernière rétrospective consacrée à l’artiste né Allemand, puis devenu Français après la Seconde Guerre mondiale (son engagement dans la Légion étrangère dès 1939 et la perte de sa jambe au combat).

Or s’il fut l’un des artistes à connaître le mieux la notoriété de son vivant, Hartung a eu le temps depuis de devenir, d’une certaine façon, l’un des plus méconnus des artistes reconnus. Cette exposition,, la première véritable rétrospective parisienne consacrée Hartung donc puisque couvrant l’ensemble de sa vie, est donc un événement précieux.

La Fabrique du geste : le titre choisi souligne ce qui est usuellement dit de Hartung. Peintre du geste, de la trace, de l’abstraction lyrique, qui couvre, griffe et gratte les surfaces à la recherche de l’émotion (la sienne et celle du spectateur). Mais l’habileté, ici, est de mettre en évidence avec la « fabrique » non seulement l’organisation de la production créative par Hartung, son atelier organisé du croquis à l’archivage en passant par la réalisation avec une grande variété d’outillages et de trouvailles techniques, mais aussi la façon dont le travail créatif, pour Hartung, s’est élaboré durant à travers les différentes phases de sa carrière.

À ce titre on ne peut que féliciter le MAM et la Fondation Hartung-Bergman pour l’excellent choix d’œuvres, qui offre toute leur place aux grands formats tout en offrant des détours bienvenus par d’autres formes : tentatives calligraphiques, sculpture (la seule, réalisée dans l’atelier de Julio González), photographies (formidables séries de branchages au rendu pseudo-abstrait, ou de pierres aux formes non-sculptées). Enfin, le choix de documentation et d’objets, quoique restreint, est particulièrement séduisant, éclairant, et touchant : échanges épistolaires et dédicaces (Dix, Calder, Artaud, Césaire…) ainsi que le court film silencieux d’Alain Resnais tourné dans son atelier d’Antibes.

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