Jean Bellorini : “Le théâtre permet de se révéler. D’apparaître – au-delà des stéréotypes de notre société.”

Jean Bellorini, Directeur du Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis a répondu à nos 3 questions au sujet de la Troupe Éphémère à l’occasion de la reprise de la pièce 1793, jouée ce 30 juin à partir de 20h au Théâtre du Soleil.

Cultures en dialogue : D’où est venue l’idée de la Troupe éphémère, et comment avez-vous réussi à susciter l’implication de ses jeunes participants ? Quelles sont ses projets et perspectives ?

La troupe éphémère est le cœur du projet du centre dramatique national depuis mon arrivée il y a cinq ans maintenant. Chaque année, une troupe éphémère se renouvelle et se lance dans un projet de fabrication d’un spectacle. La création est ce qui définit la mission d’un théâtre comme le TGP.

Depuis toujours, mon travail se divise entre la pédagogie et la mise en scène. En dirigeant un théâtre, il s’agissait d’abord de réunir toutes mes activités. Je crois que le théâtre, la pratique d’un art plus largement, peut apporter infiniment. Il me semble qu’un centre dramatique comme le nôtre doit être le lieu de la confrontation entre l’art et la réalité. Je suis convaincu que l’art a besoin de la réalité autant que la réalité a besoin de l’art. La présence d’une troupe de jeunes amateurs fait vivre le théâtre d’une façon particulière.

Le choix des participants se fait dans un souci d’équilibre entre de jeunes gens âgés de 15 à 20 ans issus de milieux très différents. La troupe doit être composée de personnalités les plus différentes possibles tant dans leur connaissance du monde du théâtre que dans leur faculté intellectuelle. À titre d’exemple, se mêlent des jeunes gens en apprentissage du français et d’autres inscrits dans des études littéraires. La seule règle qui était importante au départ était qu’il nous fallait être extrêmement exigeants. C’était ma façon la plus sincère de respecter ces jeunes gens. Sur la base du volontariat, sans « audition/casting » mais après une rencontre/discussion individuelle avec chaque participant, 25 jeunes sont choisis. Sans plaquer une idée préconçue, les premiers mois de répétitions sont destinés à choisir l’œuvre juste, sur laquelle nous allons nous appuyer pour construire le spectacle. La première saison, c’était une création à partir de textes d’un poète contemporain, Jean-Pierre Siméon, puis il y a eu Antigone de Sophocle, puis 1793 la saison dernière, que nous avons la joie de reprendre au Théâtre du Soleil.

Cultures en dialogue : Quel rôle à l’égard de la jeunesse estimez-vous être propre au théâtre aujourd’hui ?

Le théâtre permet de se révéler. D’apparaître – au-delà des stéréotypes de notre société. Il permet de prendre conscience que l’on doit être auteur de soi-même, de sa vie, du monde – qui est à réinventer.

Cultures en dialogue : Quels choix artistiques avez-vous jugés nécessaires, pour permettre l’appropriation d’une création collective née au Théâtre du Soleil il y a près de 50 ans ?

Il s’agit évidemment d’un spectacle de troupe – pour beaucoup d’acteurs. La construction du spectacle s’en ressent. Une grande énergie se dégage du texte. Et, en cela, c’est intemporel. Et il ne s’agissait pas pour nous de juger une création née il y a près de 50 ans. Au contraire, la force est dans son universalité et dans son intemporalité. N’est-il pas toujours bon de se questionner sur les grands moments de notre Histoire ?

En faire un spectacle, c’est précisément laisser apparaître des échos avec notre temps.

En cela entendre ces mots à la veille des élections présidentielles de 2017, à Saint Denis, par de tout jeunes gens, avait un goût bien particulier.

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