Rouge au Grand Palais

6 juin 2019|

L’exposition Rouge rassemble 400 œuvres qui s’inscrivent dans un parcours chronologique allant de la révolution d’Octobre en 1917 à 1953, année de la mort de Staline. Rouge est à découvrir jusqu’au 1er juillet au Grand Palais.

Il y a quarante ans, en 1979, le Centre Pompidou présentait une exposition restée dans les mémoires : Paris-Moscou 1900-1930, qui permettait d’explorer tout un pan de la modernité en même temps que les échanges, les influences et les parallélismes entre la France d’une part, et la Russie puis l’Union soviétique de l’autre. Aujourd’hui, c’est de nouveau au Centre Pompidou que revient l’initiative d’une grande exposition consacrée à l’art russe de la première moitié du XXe siècle, quoiqu’elle soit hébergée cette fois au Grand Palais. Les œuvres exposées sont ainsi prêtées par le Centre Pompidou et par les grands musées d’État russes. En laissant cette fois de côté l’idée des jeux d’influences esthétiques, l’exposition Rouge gagne en revanche une dimension politique et sociale assumée. De la révolution d’Octobre 1917  aux Grandes Purges staliniennes des années 1930, c’est le passage de l’effervescence révolutionnaire vers la proclamation étatique du réalisme socialiste qui est ici exploré.

« Art et utopie au pays des soviets » : le sous-titre décrit mieux la première partie de l’exposition que la seconde. Emmenée par les Maïakovski, Malevitch, Popova ou Rodtchenko, la génération de 17 offre un renouvellement vaste et profond de l’expression artistique intégrant l’Agitprop, le théâtre, le design, l’architecture, et la première partie de l’exposition lui est consacrée. Les salles permettent ainsi l’exploration de ces différentes formes, et l’attention est retenue par les « fenêtres ROSTA », par les maquettes de dispositifs scéniques, ainsi que par la reconstitution du club ouvrier conçu par Rodtchenko pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de Paris, en 1925. Une exploration captivante, au risque de marginaliser un peu les œuvres picturales (notamment les plus importantes d’entre elles), et d’imposer un rythme un peu rapide tout en faisant regretter cerains domaines artistiques totalement exclus de la présentation (à commencer par la création musicale).

La seconde partie, plus linéaire, propose une généalogie de la doctrine officielle du réalisme socialiste, ancré dans le rejet du « formalisme » des modernes, et dans le retour à la forme narrative, figurative, expressive, en même temps qu’à la propagande plus immédiate, jusqu’à l’émergence d’un « kitsch d’État » (autre terme dont on peut regretter l’usage un peu rapide et non explicité). Ici également le propos est servi par une grande variété d’œuvres, et les salles sur le culte du corps ou sur la ville stalinienne en élargissent les perspectives.

Il ressort de l’exposition un parti-pris certes assez binaire, mais efficace. La profusion d’œuvres exposées fait de Rouge une belle réussite, dont on retiendra avant tout qu’elle reflète idéalement le caractère versatile et bouillonnant de ce qui fut moins une révolution artistique que l’extension au domaine artistique d’une révolution politique et sociale.

L’exposition Rouge jusqu’au 1er juillet 2019

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