Saïd Berkane, Fondation Culture & Diversité : »initier les jeunes à l’art par l’art »

14 février 2019|

Saïd Berkane, Délégué général adjoint de la Fondation Culture & Diversité, a répondu à nos 3 questions. Il revient sur les valeurs, les engagements et les programmes de la fondation.

Cultures en dialogue : En quoi l’accès à la culture et à la pratique artistique des plus jeunes contribue à leur émancipation et participe ainsi au renforcement de la cohésion sociale ?

La création de notre fondation en 2006 repose sur la conviction que l’accès à la culture et à la pratique artistique des plus jeunes contribuent à leur émancipation et au renforcement de la cohésion sociale. En ce sens, Culture & Diversité est le prolongement de l’engagement de Marc Ladreit de Lacharrière et de Fimalac à la fois dans le champ de la culture et dans le champ de la lutte contre les inégalités sociales.

Nous sommes convaincus que l’expression artistique et la culture, lorsqu’elles sont partagées par tous, permettent de construire une société plus harmonieuse, de partager des éléments culturels et de refléter la diversité des points de vue. Notre fondation œuvre pour que les jeunes, qui suivent les programmes que nous mettons en place, puissent exprimer leurs talents et créer des passerelles, entre eux mais aussi avec les artistes qu’ils sont amenés à rencontrer.

Le cœur de notre action s’articule autour « du voir, du savoir et du faire ». La fondation déploie deux types de programmes. Il y a ceux dédiés à la cohésion sociale qui participent à initier les jeunes à l’art par l’art. Nous agissons pour que ces jeunes renforcent leurs connaissances artistiques et culturelles, développent leur sensibilité, leur créativité et leur esprit critique. Ensuite, il y a les programmes dédiés à l’égalité des chances déployés pour les guider dans leurs choix et orientations scolaires puis professionnelles. La fondation accompagne ainsi des jeunes qui souhaitent faire des études artistiques et culturelles et/ou se diriger vers ces métiers.

Cultures en dialogue : Combien de jeunes sont touchés par vos actions ?

Les profils des jeunes que Culture & Diversité accompagne sont différents. Ils viennent de toute la France y compris des départements et régions d’outre-mer. Certains viennent des villes et d’autres des zones rurales. Nous sommes très attachés à cette diversité.

Les jeunes bénéficiaires de nos programmes sont principalement sélectionnés selon un critère social en prenant en compte les revenus des parents ou leur statut de boursier. Pour les programmes relevant de l’égalité des chances, cela nous permet de toucher des jeunes éloignés géographiquement et socialement de la culture et de la pratique culturelle. La fondation les suit dès le lycée, parfois même le collège, et jusqu’à leur insertion sur le marché de l’emploi.

En 12 ans d’existence la fondation a accompagné 35 000 jeunes. Actuellement 1 700 jeunes sont dans le réseau Culture & Diversité. Ils font l’objet d’un accompagnement individualisé et peuvent être aidés dans la préparation de leurs concours, pour leurs études ou au moment de leur insertion professionnelle.

L’insertion professionnelle est une étape clé dans notre méthodologie d’accompagnement. Nous leur transmettons des offres d’emploi ou de stage, nous leurs proposons des ateliers professionnels pour la préparation de leurs CV, de leurs lettres de motivation et de leurs entretiens de sélection. Nous organisons également des ateliers un peu plus spécialisés pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les financements existants au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) ou pour le dépôt de marque pour les designers…Nous menons aussi des actions de développement de réseau professionnel en permettant à ces jeunes de participer à des festivals professionnels (Rencontres cinématographiques de Dijon), en diffusant via notre compte Instagram les créations de nos jeunes artistes plasticiens et en organisant une projection au Cinéma des cinéastes tous les deux ans pour les jeunes réalisateurs. Culture & Diversité a également des résidences d’artistes mises en place en partenariat avec l’Unesco, la Fémis et la Cité internationale des arts. Ces résidences offrent, à nos jeunes lauréats, les conditions nécessaires à la création d’une première œuvre ou au développement de leur pratique artistique. Il s’agit d’une première pierre à l’édifice de leur carrière.

Cultures en dialogue : Vous avez lancé depuis 2016 le programme « Arts, cultures et prévention » pour les jeunes suivis par les éducateurs de rue. Comment l’avez-vous conçu ?

Pendant 10 ans la fondation a œuvré à rapprocher les intervenants artistiques et culturels de ceux de l’éducation nationale afin de mettre en place des programmes d’éducation artistique et culturelle. Nous agissions sur le plan opérationnel, le ministère de l’éducation nationale ciblait les jeunes pouvant être bénéficiaires de nos actions puis sensibilisait les professeurs qui mettaient en place des contenus pédagogiques, et les institutions culturelles accueillaient ces jeunes. Avec une action toujours organisée autour « du voir, du savoir et du faire ». Par exemple, les jeunes assistent à des pièces au Théâtre du Rond-point (voir), tout en ayant suivi un programme pédagogique (savoir) puis participent à des ateliers théâtre dans leurs lycées ou dans leurs collèges (faire). À l’issue de ce processus ces jeunes se produisent devant un public.

Après 10 ans, la fondation a décidé de repositionner son action afin de toucher les jeunes en voie de marginalisation, ceux qui ne sont plus dans le circuit scolaire et qui n’ont donc pas accès à nos programmes. Avec nos partenaires culturels et les acteurs spécialisés de la prévention, la fondation lance ainsi des actions de sensibilisation culturelle et de création artistique pour et avec les jeunes les plus éloignés de la culture. Elle œuvre à rapprocher les acteurs des champs social et culturel.

Notre objectif est de mettre ces jeunes en situation de créateurs. Ils s’approprient des outils qu’ils mobilisent ensuite pour la création d’un événement culturel. Pour renforcer l’appropriation, nous invitons leurs familles à assister aux restitutions. L’idée est qu’elles puissent se rendre compte de la richesse de ce que font leurs enfants. Pour ces jeunes c’est aussi un moyen de lever l’autocensure, de se présenter autrement devant leur famille et de ressentir une certaine fierté.

À ce jour, le programme « Arts, cultures et prévention » est expérimental et uniquement déployé pour 3 ans dans le Nord. Il touche beaucoup de jeunes vivants des réalités sociales différentes. À l’issue de cette phase, nous réaliserons une évaluation afin d’identifier les clés de réussite et nous produirons un livre blanc. L’idée est que cette expérience puisse être répliquée à travers toute la France.

Partager cet article: