Silvie Memel Kassi, Directrice du Musée des civilisations de Côte d’Ivoire : « pour un musée qui s’invite dans le quotidien des peuples »

14 novembre 2019|

Silvie Memel Kassi, Directrice du Musée des civilisations de Côte d’Ivoire a répondu à nos 3 questions. Femme engagée au service de la culture depuis plusieurs années, elle revient sur les enjeux autour de la préservation du patrimoine culturel et nous livre sa vision du musée africain de demain.

Cultures en dialogue : Vous êtes la directrice du musée des civilisations de Côte d’Ivoire et  vous avez organisé l’exposition « La Collection fantôme » en 2017. Quels messages vouliez-vous faire passer au public ?

La collection fantôme est née du drame subit par le Musée des Civilisations de CI lors de la crise post-électorale de 2010. Comme toutes les institutions patrimoniales de type musée qui ont pour vocation de préserver la culture d’un pays pour les besoins de l’histoire et des générations, le pillage systématique du musée a privé la Côte d’ivoire d’un pan de son histoire.

Irrémédiablement ! Il fallait donc réagir à cet énième coup du sort (le vol des collections des musées nationaux est courant partout dans le monde et plus encore dans nos pays plus ou moins instables politiquement) en sensibilisant toutes les parties prenantes tant en CI (pouvoirs publics, institutions internationales, autorités coutumières, citoyens lambda, élèves, étudiants, professionnels du secteur…bref tout le monde) que dans le monde. Pour nous, c’était un peu un ras-le-bol. Je voulais faire comprendre à tout le monde qu’on est tous concerné par la question de la protection du patrimoine culturel.

Cultures en dialogue : Quel est le rapport des jeunes générations à votre musée (visiteurs réguliers, activités éducatives menées par votre musée…) ?

L’apport de la jeunesse est très attendu et prépondérant puisque celle-ci constitue une frange importante de la population et parfois la plus fragile en matière d’éthique. Elle n’est pas seulement au cœur des préoccupations des gouvernements en matière de développement, elle constitue l’espoir de demain. C’est pourquoi le projet fantôme a un volet pédagogique qui lui donne la possibilité de s’exprimer sur cette question. Cette jeunesse est d’ailleurs impliquée dans toutes nos activités au sein du musée (expositions, visites de groupes, activités éducatives et récréatives, etc.).

Cultures en dialogue : Quelle vision avez-vous du musée africain (ou ivoirien) de demain ?

Le musée africain doit sortir de son schéma classique de présentation et de mise en perspective de ses collections qui ne rejoignent pas souvent les attentes du publics. Il est donc boudé, pas assez fréquenté.

Le musée, je le vois autrement avec un langage et une interprétation qui prennent en compte les besoins propres des publics africains concernés, un musée qui s’adresse à tous et à chacun, qui s’invite dans le quotidien des peuples. C’est peut-être utopique puisqu’il est de plus en plus question du dialogue universel, mais j’y crois et je sais que nous allons y arriver. Nous sommes pour l’heure à la phase de consultation et de sondage avec une implication de plus en plus effective des acteurs de nos différents programmes. Avec plus 50 000 visiteurs par an pour les expositions avec plus de la moitié pour le public jeune, on peut se permettre de rêver.

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