Des sneakers comme Jay-Z, Valérie Larrondo : “le vêtement, c’est une affirmation de leur appartenance au monde.”

Valérie Larrondo, bénévole à Emmaüs Solidarité de porte de la Chapelle, revient sur le projet « Des sneakers comme Jay-Z »  dont elle a eu l’initiative. A travers une série de portraits et de photographies, des bénévoles, un vidéaste et deux photographes ont interrogé le lien des exilés au vêtement afin de mettre en lumière leur rapport au pays d’accueil et au monde.

Vous pouvez découvrir cette exposition aux Rencontres d’Arles (jusqu’au 23 septembre) et lors de la 22e édition de la Quinzaine photographique nantaise ( à partir du 14 septembre). D’autres dates à venir…

Cultures en dialogue : Pourquoi avoir retenu ce titre pour votre projet ?

L’idée du projet m’est venue un soir d’hiver, et donc son titre aussi tout naturellement. Je travaillais comme bénévole au centre du premier accueil d’Emmaüs solidarités de la porte de la Chapelle (Paris), et un jour un jeune afghan est arrivé en tongs depuis Kaboul. Il m’a demandé de lui donner des sneakers pour remplacer ses tongs. J’avais peu de choix et peu de tailles et lui ai donc présenté celles que j’avais.

Plein d’espoir, il a demandé si dans le tas de tennis usagées et démodées, il n’y en avait pas par hasard des « pas moches », des « sneakers comme Jay-z… ».

Cultures en dialogue : Que dit le vêtement, en tant qu’objet culturel, des représentations que l’exilé se fait du pays d’accueil ?

Le vêtement est pour la plupart d’entre eux, au minimum, un pass. Un pass d’insertion, pour passer inaperçu et faire partir du pays dans lequel ils sont venus chercher de l’aide.

Mais c’est aussi une façon dire à l’autre qui on est, et qui on a été avant ce départ douloureux. Ne pas être un migrant…surtout ne pas être un migrant. Retrouver son individualité à travers le choix d’une couleur de veste, d’une forme de chemise….pour eux c’est accéder à la personne qu’ils sont venus chercher, leur nouveau « moi ».

La représentation du vêtement de seconde main européen qu’on leur propose est différente en fonction du pays d’origine bien sûr. En Afghanistan, par exemple, il représente bien souvent, pour ces jeunes hommes, la liberté. C’est une affirmation de leur jeunesse et leur appartenance au monde.

La globalisation est manifeste.

Cultures en dialogue : Pourquoi avoir choisi d’en faire une publication et une exposition (Rencontres d’Arles notamment) ? Quel impact espérez-vous qu’ils puissent avoir sur le public ?

Nous avons voulu faire comprendre à ceux qui n’ont pas la chance de côtoyer les exilés, à travers le bénévolat par exemple, qu’il faut aller au-delà de l’imagerie habituelle de ces flots humaines qui déferlent sur l’Europe dans des bateaux de fortune. Il fallait leur redonner leur identité, leur dignité. Traiter d’un sujet grave en adoptant un angle qui semble léger.

Pour ces hommes, enfiler une belle veste à sa taille, après tous ces mois sans rien, c’est parfois plus important qu’un repas complet.

Ce travail pour qu’aussi le monde accepte de regarder de moins loin, sans détourner la tête des bateaux qui passent près de nos côtes. Car sur ses bateaux, il y a des personnes, ce sont nos enfants, c’est nous. Il suffit juste de les regarder pour comprendre, de les regarder de plus près.

Ce projet a été réalisé pour être vu par tous et les Rencontres d’Arles font partie du parcours.

Il y aura d’autres dates, d’autres lieux comme en septembre à Nantes.

Nous espérons toucher tous les publics.

L’équipe du projet : Valérie Larrondo, Vanessa François, Marion Perin, Sabrina Ponti
Photographes : Frédéric Delangle, Ambroise Tézenas (auteurs de photographies utilisées)
Vidéo : Sylvain Martin

Les Rencontres d’Arles

2 juillet 2018 au 23 septembre 2018
10h – 19h30
Magasin électrique

Quinzaine photographique nantaise

14 septembre au 14 octobre 2018

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