Victoria Mann, fondatrice d’AKAA : « ‘Fédérer autour de l’Afrique »

29 octobre 2018|

Victoria Mann, Fondatrice de la foire d’art contemporain AKAA « Also Know As Africa » a répondu à nos 3 questions. À quelques semaines du lancement de la troisième édition qui aura lieu du 9 au 11 novembre au Carreau du Temple à Paris, elle revient sur l’ADN de la foire et les artistes que l’on pourra y découvrir.

Cultures en dialogue : la prochaine foire AKAA dépasse le cadre de la scène contemporaine africaine pour s’ouvrir à des artistes du « Sud Global ». Pourriez-vous nous en dire plus ?

AKAA fédère autour de l’Afrique mais n’impose pas la condition d’être Africain pour y participer. Cela est très important pour moi.

Quand je regarde ces scènes artistiques contemporaines, je ne pense pas que l’on puisse définir un artiste par son appartenance géographique. Un artiste s’inspire du monde qui l’entoure et est mobile. Il voyage, collabore, est en résidence dans différents pays…Mettre une étiquette géographique « Afrique » est donc réducteur.

Le nom même de notre foire « Also Know As Africa  » (en français  » Autrement dit Afrique ») est une invitation pour les artistes à venir parler du lien à l’Afrique qu’ils revendiquent. Dès la première édition, AKAA a accueilli des artistes vivant et travaillant sur le continent africain, d’autres issus des diasporas anciennes ou récentes, certains travaillant sur les questions d’histoire, d’héritage comme des artistes afro-brésiliens ou afro-américains. On a aussi exposé un artiste italien qui a fait des photos au Niger, un artiste israélien qui a collaboré avec un artiste zimbabwéen…

Notre spécificité est de fédérer autour de l’Afrique. Nous ne sommes pas une foire d’art contemporain africain, nous sommes une foire d’art contemporain internationale.

En 2018, nous allons encore plus loin dans cette démarche. Notre idée est de mettre en lumière les liens artistiques qui existent entre le continent africain et le Sud global autrement dit des régions du monde qui ne sont ni l’Europe ni l’Amérique du Nord. Il s’agit de proposer une nouvelle carte de l’art contemporain ayant pour centre l’Afrique. De ce nouveau centre on voit tous les liens, toutes les passerelles et les relations parfois méconnues avec d’autres zones.

Pourquoi ce choix ? Une lecture sociale voire anthropologique amène à constater que le Sud a toujours été défini par rapport au Nord. Même dans les discours post- coloniaux, on a toujours un rapport Nord-Sud très fort. Avec AKAA, on met en valeur les connexions Sud-Sud et on encourage les exposants à jouer de ces rapports. On a également élargit la foire aux projets curatoriaux mettant en dialogue des artistes du Sud global issus de différentes époques. Notre programmation culturelle permettra également d’entendre des spécialistes qui parleront du décloisonnement par l’art.

Bien que politiquement les frontières se renforcent et que les tensions soient vives, les artistes restent eux de véritables vecteurs de connexions. Ils gomment ces frontières.

Cultures en dialogue : Quels discours, témoignages ou messages porteront les œuvres des artistes exposés en novembre ?

La foire n’a pas un critère de message. On a des artistes qui se revendiquent engagés d’autres qui s’intéressent à l’art de vivre, au quotidien, d’autres qui se spécialisent dans le portrait, l’abstrait, la musique, l’identité, l’appartenance… Il n’y a pas un message spécifique. Ne pas en avoir est important car cela montre la grande diversité de ces scènes contemporaines. Notre terrain de jeu est la planète entière.

Plus que d’une foire commerciale, on est une vraie plateforme qui cherche à donner les clés de compréhension de ces scènes pour aussi effacer les clichés qui veulent par exemple qu’un événement artistique autour de l’Afrique soit seulement joyeux et coloré. On montre que ce n’est pas que cela.

Cultures en dialogue : A titre personnel, pouvez-vous nous dire quels sont les artistes qui ont particulièrement retenu votre attention pour cette nouvelle édition ?

Je tiens à dire que je suis particulièrement fière des œuvres exposées cette année. Ayant une appétence personnelle pour la photo, je mentionnerai surtout des photographes.

Je suis très heureuse de pouvoir accueillir Kendell Geers (Afrique du Sud), présenté par la galerie de Didier Claes. Kendell me touche particulièrement car nous tentons quelque chose d’inédit avec lui cette année. En effet, son travail va être présenté avec des pièces d’art classique. Compte tenu du contexte délicat autour de la question de la restitution des œuvres venus d’Afrique, nous allons naviguer dans des eaux délicates.

Convaincu qu’un artiste ne doit pas faire table rase du passé, Kendell Geers puise dans ces pièces d’art, dans leur spiritualité et dans tout ce qu’elles représentent pour son travail. Il n’a pas peur de le faire et de le revendiquer.

II sera présent sur le stand et interviendra lors d’une table le 11 novembre.

Roger Ballen (Afrique du Sud) sera également présent. Il s’agit d’une pointure de la photographie sud-africaine. C’est la première fois qu’il est présenté sur une foire en Europe. Il est un autre exemple d’un artiste qui ne peut pas être cantonné à un continent.

Il présentera le fruit d’une collaboration avec un dessinateur hollandais, Hans Lemmen (Pays-Bas). Ils se sont donnés carte blanche pour intervenir sur le travail de chacun. Aux Pays-Bas, Hans Lemmen met en pièces les photographies de Roger Ballen. Il complète les fragments obtenus ou les insère dans des compositions graphiques. A des milliers de kilomètres, Roger Ballen, lui, utilise certains dessins de Hans qu’il intègre à des installations destinées à être à leur tour photographiées.

Ils feront une présentation de leur collaboration lors de la foire.

On est une foire qui contribue à un marché en pleine construction. Qui dit construction dit aussi d’accorder une place à une jeune scène très dynamique. Je veux maintenant parler de Tariku Shiferaw (Éthiopie). C’est un artiste multimédia (peinture, collage, assemblage) qui travaille dans l’abstrait. Il compose ses œuvres en écho aux grands titres de jazz qui ont bercé les générations de Noirs aux États-Unis. Il est originaire d’Éthiopie, pays où il y a une très forte tradition musicale, ses liens font une boucle.

Alun Be (Sénégal) est le seul artiste de la foire à ne pas être représenté par une galerie. Sa présence est le fruit d’un partenariat avec Les Maisons du voyage qui ont décidé de donner une exposition à ce jeune artiste photographe afin qu’il se fasse connaitre et puisse trouver une galerie ou un mécène. Ses créations résultent de la rencontre entre la tradition et le monde digital. Il montre une Afrique qui tout en étant ancrée dans la tradition reste ouverte sur le monde d’aujourd’hui.

Avec notre partenaire, Les Maisons du voyage nous avons créé des voyages artistiques nommés « Art tours » qui démarrerons en 2019 avec parmi les premières destinations le Zimbabwe. L’idée est de créer des voyages sur mesure pour jeunes collectionneurs ou collectionneurs avertis avec un programme artistique clé en mains : visites d’ateliers, performances, rencontres avec artistes…Le travail de notre foire se poursuit effectivement hors les murs afin de toujours favoriser des rencontres artistiques mais aussi permettre la découverte ainsi que l’exploration de territoires et d’artistes encore méconnus. Le hashtag de cet événement #akaaontheroad !

Victoria-Mann ©Charlélie Marangé

AKAA se déroule du 9 au 11 novembre au Carreau du Temple à Paris.

Pour plus d’informations…

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