Ubuntu, un rêve lucide au Palais de Tokyo

24 janvier 2022|

Le Palais de Tokyo présente « Ubuntu, un rêve lucide » jusqu’au 20 février 2022. À cette occasion, les œuvres d’une vingtaine d’artistes contemporains issus d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe dialoguent autour de l’ubuntu, « philosophie humaniste fondée sur l’interdépendance des liens entre tous les vivants ».

« Ubuntu, un rêve lucide » questionne la manière dont nous faisons « humanité ensemble » à travers la présentation d’œuvres traitant de thèmes tels que celui des inégalités, des luttes coloniales et postcoloniales, du racisme ou encore de la place des corps. La diversité des artistes et des installations présentés abolit en quelque sorte les frontières géographiques et culturelles et invite le visiteur à se concentrer sur la similarité des enjeux rencontrés par tout être humain. Mobilisé le concept d’ubuntu qui en langue xhosa (sud de l’Afrique) signifie « humanité », permet ainsi de témoigner des liens immuables entre nos sociétés. On peut d’ailleurs rappeler que ce concept se diffuse largement hors des frontières du continent africain sous l’influence de l’archevêque Desmond Tutu et du président Nelson Mandela dans les années 1990. Ceux-ci s’appuient sur l’ubuntu pour proposer un contre modèle à la ségrégation et bâtir la réconciliation qu’ils considèrent comme nécessaire à la construction d’une société sudafricaine postapartheid.

Au Palais de Tokyo, l’ubuntu permet donc de « faire humanité ensemble et ensemble habiter le monde » selon la définition de Souleymane Bachir Diagne et se décline sous la forme d’un rêve lucide. Ces deux notions a priori opposées créent, en réalité, les conditions d’une émancipation collective en favorisant un investissement des imaginaires et des lieux.  Dès le hall du Palais de Tokyo, « Suar a camisa » de l’artiste brésilien Jonathas de Andrade saisit le visiteur. Avec la présentation de 140 t-shirts, bleus de travail et maillots de football, l’artiste évoque les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière, « partie invisibilisée de l’humanité ». En outre, l’installation de Daniel Otero Torres propose, elle, un « récit alternatif qui nous relie à d’autres points de vue sur les luttes politiques et les mythes des grandes narrations occidentales », celle de l’artiste sudafricaine Turiya Magadlela tisse des liens entre les récits individuels et collectifs autour des discriminations.

Au total, « Ubuntu, un rêve lucide » parvient à montrer comme la philosophie africaine irrigue une scène artistique contemporaine en prise avec les bouleversements de nos sociétés.

Marie-Adeline Tavares

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